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Mon père a été soldat à 13 ans. Ma mère a tout perdu avant de trouver refuge à Genève. Ils se sont rencontrés dans un centre d'accueil, réunis non par l'amour, mais par une douleur commune. De cette histoire, j'ai hérité une seule loi : performe. Contrôle. Ne t'arrête jamais.
À 9 ans, la scoliose. Le divorce de mes parents. Et cette croyance qui s'installe, profonde, silencieuse : "Tant que j'ai de bonnes notes, personne ne peut rien me reprocher."
HEC. Major de promo. Nestlé Nespresso à 23 ans.
J'avais tout ce qu'on m'avait dit de vouloir.
En Inde, quelque chose s'est cassé.
Un voyage de formation. Un mois et demi. Je révisais mes cours d'anatomie pendant les méditations —
incapable de m'arrêter.
Un professeur m'a regardée et m'a dit : "Aujourd'hui, tu vas méditer les yeux ouverts, devant moi."
Je ne sais pas ce qui s'est passé exactement.
Les larmes ont coulé pendant 48 heures.
En rentrant à Nespresso, j'ai vu pour la première fois ce que je n'avais jamais remarqué : les gens épuisés,
les canettes de Red Bull à 9 heures du matin.
Et moi. Moi aussi, dans cet état-là.
J'ai démissionné sans plan B.
Ce n'était pas du courage. C'était une évidence.
J'ai tout fait dans le monde du yoga. Sauf une chose.
Studio. Retraites. École de formation — plus de 500 professeurs formés en neuro-biomécanique appliquée au yoga. Podcast.
Programmes en ligne.
Pendant toutes ces années, j'ai aidé des femmes à retrouver leur corps. Leur souffle. Leur rythme naturel.
Mais à chaque cours, à chaque retraite, je voyais la même chose : elles arrivaient dans des vêtements qui les compressaient. Qui
tiraient dans les inversions. Qui ne respectaient ni leur silhouette ni leur cycle.
Il manquait quelque chose.
Pas un vêtement de yoga de plus.
Quelque chose de différent.
Bali a ouvert le champ.
Enceinte de ma première fille, j'ai dessiné pour la première fois depuis l'enfance. Des carrés. Des ronds. Sur Canva, d'abord. Et
ça s'est matérialisé. Une maison. Un espace. Une forme qui existait en dehors de ma tête.
Ça a hacké quelque chose dans mon cerveau.
J'ai réalisé que pendant des années, on m'avait fait croire que créer n'était pas pour moi. La maternité me l'a rendu. Bali a fait le
reste.
Sunu signifie «nôtre» en wolof.
La langue des origines sénégalaises de mon mari.
Notre projet de famille. Notre mot. Notre point de départ.
“Tout ce qu'on fait, ce sera issu de ce moteur positif d'intériorité.”
“Qu'est-ce qu'il reste si j'enlève tout ça ?
Qu'est-ce qu'il reste ?”
Sunu.
Pas de compression. Pas d'étiquettes qui grattent. Pas de coutures qui tirent dans les grandes postures. Pas de tissu qui marque le ventre le troisième jour du cycle.
Du bambou. De l'écorce de bois recyclée. Du coton.
Des matières qui respirent parce que le corps doit respirer.
Fabriqués à Bali, par des mains qui connaissent leur travail.
La première collection est petite. Volontairement. Huit pièces. Chacune conçue pour disparaître sur le corps — pour que ce qui reste, ce soit toi.
“Elle prend soin de toi. Prends soin d'elle.”